Au bout de la route

Là où l'asphalte et les certitudes finissent

4/07/2011

Le prix à payer

Publié par Marc Lafontan |

Dans son article “L’effondrement de la globalisation” sur le site commondreams.org, le journaliste Chris Hedges conclut que l’emprise de la branche la plus fascisante du monde des affaires, du business pour parler vulgairement, nous conduit pied au plancher à la catastrophe. Et selon lui, à ce rythme là, pas besoin du calendrier Maya.



La litanie des drames quotidiens est la chronique de la mort annoncée de la globalisation : les soulèvements au Moyen Orient, les déchirements en Côte d’Ivoire, le Japon annoncent un monde où les ressources vitales, la nourriture, l’eau, l’emploi et la sécurité, j’ajouterai l’air deviendront rares.

Chômage mondial en pleine explosion, prix des denrées alimentaires en augmentation de 61% depuis 2008 (d’après le FMI), 42 millions d’abonnés, aux Etats Unis, à l’aide alimentaire… cette fois, les émeutes de la faim ne vont pas toucher que les pays dits du sud. D’ailleurs, les marques en « Occident » ont inventé l’inflation fantôme : le prix reste identique, c’est la quantité ou la qualité qui sont réduites. Bref, demain, on se battra pour se nourrir, pour travailler, pour respirer et la prise de conscience démarre dans l’assiette.


Chris Hedges, auquel on doit l’excellent « war is what gives us meaning », n’est pas franchement un débutant. Il a passé plusieurs décennies à couvrir les guerres pour le New York Times et a reçu un Pulitzer pour son travail sur le terrorisme, islamiste cette fois.

Loin de conduire à un réveil citoyen préalable à une remise en cause de ce système d’aliénation, « ces catastrophes annoncent un renforcement du contrôle et des moyens utilisés pour protéger l’élite des affaires qui orchestre notre perte ». Pour Hedges, cette élite a pris le contrôle de notre argent, de la nourriture, de l’Energie, de l’éducation, de la presse et de notre système de santé. Parmi cette élite, il y a quelques spécimens, qui se sont illustrés la semaine dernière comme Lloyd Blankfein, le patron de Goldman Sachs qui vient de voir son salaire annuel multiplier par 14 ; General Electric, champion intersidéral de la philanthropie, qui malgré ses 14,2 milliards de dollars de profits annuels (un record) ne paiera aucun impôt aux USA ; il y a aussi Cargill, entreprise monstre et pourtant méconnue. Avec ses 130 000 employés et 120 milliards de dollars de chiffre d’affaires, elle se partage avec trois autres, à coup de spéculation, 70% du commerce des denrées alimentaires.

Pour Chris Hedges, les civilisations mourantes préfèrent l’espoir, même l’espoir absurde à la vérité. Au bord du gouffre, on préfère se raconter des contes de fées. C’est peut être pour cela qu’on attend 2,5 milliards de téléspectateurs au mariage de Kate et William le 29 avril. D’après le psychanalyste essayiste new yorko-slovène Slavoj Zizek dans son dernier livre, le bien nommé « vivre la fin des temps », le déni est le premier recours de notre conscience sociale pour « composer » avec l’apocalypse à venir. Les quatre suivants étant : la colère puis les tentatives de marchandage (du type, « le train c’est mieux que la voiture car cela ne pollue pas ») ; ces tentatives échouant (« ah oui mais le train c’est le nucléaire »), il y a ensuite la dépression, le repli sur soi ; et au bout du tunnel, si, si, il y a l’acceptation et l’émergence d’une « subjectivité émancipatrice ».

Pour Zizek, inutile de se faire d’illusion : « la condition spontanée de notre vie quotidienne est celle d’un mensonge vécu, dont la sortie requiert une lutte continuelle ». Pour Hedges, il faut construire l’opposition à ce système d’emprise par la base et accepter le statut social et politique de paria, d’anti-larbin. Le point de départ de cette subjectivité émancipatrice est de devenir un objet de crainte pour soi-même. Il faudrait accepter, tout seul dans son coin, de se faire peur… et peut être, et non des moindres : il faudrait pouvoir avoir peur d’être seul contre tous…
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